- Auteur.e.s :
- Malika Amaouche
- France Culture
- Anne Coppel
- Michel Kokoreff
- Aude Lalande
- Fabrice Olivet
- Nelly Boullenger
Avec :
-
- Malika, ancienne consommatrice
- Anne Coppel, sociologue
- Michel Kokoreff, sociologue
- Alexandre Marchant, historien
- Fabrice Olivet, historien
- Aude Lalande, ethnologue
À la fin des années 60, la jeunesse découvre la drogue, et plus particulièrement le cannabis, qui devient un marqueur distinctif dans une France encore très conservatrice. Les autres drogues restent encore peu répandues, et l’héroïne se fait connaître comme la drogue d’une frange de hippies et de babas cool, en quête de sensations plus fortes que celles offertes par le cannabis, au tournant des années 70.
Le nombre de ces consommateurs reste encore marginal, concentré dans les grandes villes comme Paris ou Marseille. À Paris, ils se retrouvent notamment dans les quartiers de Saint-Michel ou de l’Odéon. Michel Kokoreff, sociologue, explique : « L’héroïne entre dans l’ère de masse, on va dire, dans les années 60, progressivement. On sort alors des milieux très, très isolés : artistes, intellectuels, parfois ceux qui ont fait les colonies et reviennent toxicomanes, qui touchent une jeunesse étudiante, plutôt issue des classes moyennes. L’héroïne, il faut bien le dire, est un produit mythique, un produit flamboyant. »
La sociologue Anne Coppel rappelle qu’il s’agit d’abord d’un phénomène qui s’étend dans une atmosphère à la fois festive et révolutionnaire, avec des stars qui consomment, et où la drogue devient une pratique partagée par les jeunes. Elle souligne d’ailleurs : « Ça a surtout été véhiculé par la musique, c’est elle qui a vraiment porté tout ça. En France, comme ailleurs dans le monde, les Stones, Jimi Hendrix, Janis Joplin… On a souvent résumé ça par “Sexe, drogue and rock’n’roll”, ce qui est à la fois une caricature et une certaine réalité. »
Mais alors que la French Connection commence à être démantelée, l’overdose d’une jeune fille dans un casino de Bandol accélère l’adoption d’une législation répressive sur l’usage et la revente des drogues, dans un contexte de lutte contre la contestation sociale. À Paris, la diffusion de la consommation s’étend progressivement dans l’ensemble de la ville tout au long des années 1970.
Prise de sons : Eric Audra, Raymond Albouy Florent Bujon, Thomas Robine et Bruno Mourlan
Mixage : Cédric Chatelus
Archives Ina : Véronique Jolivet
Bibliographie :
- La catastrophe invisible. Histoire sociale de l’héroïne (France, années 1950-2000), Michel Kokoreff, Anne Coppel et Michel Peraldi, (dir.). Editions Amsterdam, 2018
Un documentaire de Hajer Ben Boubaker, réalisé par Gilles Blanchard.
-
- Nelly Boulanger, actrice associative
- Dee Nasty, DJ
- Fabrice Olivet, historien
- Alexandre Marchant, historien
- Michel Kokoreff, sociologue
- Rabah, habitant de Nanterre
- Ahmed et Missoum, anciens consommateurs
- Azzedine Zoghbi, ancien éducateur
- Mohamed Mechmache, acteur associative
- Aude Lalande, ethnologue
- Anne Coppel, sociologue
Les années 1980 sonnent la fin des espoirs post-Mai 68, après un moment d’euphorie de courte durée faisant suite à la victoire de François Mitterrand. Les années 80 sont celles du désenchantement, alors que le pays connaît une politique de désindustrialisation qui affecte les milieux ouvriers. L’héroïne, après avoir conquis Paris, sa classe bourgeoise et intellectuelle, débarque en banlieue parisienne et s’insère dans un tissu social fragilisé par la crise. Elle s’infiltre dans les pavillons, atteint les cités, est consommée au sein de bandes d’amis ou en solitaire.
La jeunesse des banlieues la découvre, notamment celle d’origine maghrébine, particulièrement présente dans ces quartiers. Une découverte qui se fait autant en banlieue que lors des premières virées à Paris : « Quand on évoque cette question de l’héroïne, il n’y a pas une famille maghrébine chez qui ça ne résonne pas. On parle des familles installées en France depuis les années 60. Il suffit d’aborder le sujet pour que les gens vous disent : ‘‘Ah oui, c’est vrai, ça me rappelle un oncle, un cousin, maintenant presque un grand-père’’. » explique Fabrice Olivet, historien.
Cette initiation passe par les premières virées en boîte de nuit, dans des lieux emblématiques comme le Kiss Club à Paris ou le Pacific à La Défense où les jeunes dansent sur du funk et de la soul. Ces établissements deviennent des espaces de sociabilité essentiels pour les jeunes Maghrébins, souvent tenus à l’écart des autres clubs parisiens pour cause de profilage racial. Mais très vite, l’euphorie de la découverte laisse place à l’addiction et à ses conséquences : les premières overdoses apparaissent alors que la politique répressive s’abat sur les usagers.
Prise de sons : Eric Audra, Raymond Albouy, Florent Bujon, Thomas Robine et Bruno Mourlan
Mixage : Cédric Chatelus
Archives Ina : Véronique Jolivet
Bibliographie :
- La catastrophe invisible. Histoire sociale de l’héroïne (France, années 1950-2000), Michel Kokoreff, Anne Coppel et Michel Peraldi, (dir.). Editions Amsterdam, 2018
- Barbès Blues : Une histoire populaire de l’immigration maghrébine de Hajer Ben Boubaker. Éditions du Seuil, 2024.
Filmographie :
- Ces jeunes qui tombent Documentaire. Réalisé par Cécile Favier, écrit par Azzedine Zoghbi et Cécile Favier.
Épisode 3/4 · Sida, Overdose : la catastrophe invisible
Avec :
-
- Fabrice Olivet, historien
- Aude Lalande, ethnologue
- Rabah, habitant de Nanterre
- Mohamed Mechmache, acteur associatif
- Azzedine Zoghbi, ancien éducateur
- Anne Coppel, sociologue
- Ahmed et Missoum, anciens consommateurs
- Malika, ancienne consommatrice
- Nelly Boulanger, actrice associative
- Martine Lalande, médecin à la retraite
- Michel Kokoreff, Sociologue
Les années 1980 constituent pour Paris et sa banlieue le pic de la consommation d’héroïne, qui s’est désormais bien enracinée dans les milieux populaires. Cette décennie est aussi celle de la découverte du sida, dont l’épidémie mortelle touche durement la France. Si la communauté homosexuelle est rapidement identifiée comme l’une des premières victimes, les usagers de drogues le sont également peu après. Fabrice Olivet, historien, se souvient : «
Dans les banlieues parisiennes, c’est une véritable hécatombe comme le raconte Azzedine Zoghbi, ancien éducateur à Orly : « Toutes les semaines au cimetière. On allait enterrer quelqu’un, on revenait à peine, et on savait qu’il fallait revenir la semaine d’après. ». La catastrophe est totalement ignorée par les pouvoirs publics alors que le nombre de morts d’overdose et de personnes contaminées par le VIH augmente. La répression, avec la guerre à la drogue, conduit les usagers issus des banlieues en prison plutôt que vers un parcours de soin adapté.
Prise de sons : Eric Audra, Raymond Albouy, Florent Bujon, Thomas Robine
Mixage : Cédric Chatelus
Archives Ina : Véronique Jolivet
Bibliographie :
- La catastrophe invisible. Histoire sociale de l’héroïne (France, années 1950-2000), Michel Kokoreff, Anne Coppel et Michel Peraldi, (dir.). Editions Amsterdam, 2018
- Barbès Blues : Une histoire populaire de l’immigration maghrébine de Hajer Ben Boubaker. Éditions du Seuil, 2024.
Filmographie :
- Ces jeunes qui tombent Documentaire. Réalisé par Cécile Favier, écrit par Azzedine Zoghbi et Cécile Favier.
Avec :
-
- Anne Coppel, sociologue
- Dee Nasty, DJ
- Ahmed, ancien consommateur
- Fabrice Olivet, historien
- Nelly Boulanger, actrice associative
- Malika, ancienne consommatrice
- Martine Lalande, médecin à la retraite
- Rabah, habitant de Nanterre
- Mohamed Mechmache, acteur associatif
- Azzedine Zoghbi, ancien éducateur
- Reda Sadki, fondateur du Comité des familles pour survivre au sida
- Aude Lalande, ethnologue
Si l’héroïne a réussi à s’ancrer durablement dans toutes les couches de la société et à traverser les générations, c’est en partie à cause des lacunes du système de santé français alors que la logique répressive prévalait. Il faudra attendre 1987 pour la libéralisation de la vente des seringues que Michèle Barzach, ministre de la Santé, obtient du Premier ministre Chirac, malgré l’opposition du reste de son gouvernement, de son parti politique et de la grande majorité du corps médical.
Une prise de décision tardive comme l’explique Fabrice Olivet : « Il faut bien avoir en tête que si le gouvernement a fait ça, ce n’est pas parce que d’un seul coup, il s’est dit qu’il fallait s’occuper des toxicos. C’est parce que les toxicos constituaient un vecteur de contamination extrêmement dangereux pour l’ensemble de la société. Donc il fallait absolument faire quelque chose. Et ce qui est très étonnant, c’est qu’en fait, les gouvernements avaient parfaitement conscience que la répression ne pouvait pas améliorer cette situation, au contraire que c’est la répression qui la conditionnait ».
Alors que les gouvernements successifs peinent à sortir d’une logique purement répressive les communautés concernées s’organisent. Les habitants des cités sans aucun soutien des pouvoirs publics agissent selon leurs propres moyens alors que quelques rares acteurs associatifs en lien avec les usagers d’héroïne tentent d’alerter les pouvoirs publics en plaidant pour une politique de réduction des risques.
Prise de sons : Éric Audra, Raymond Albouy, Florent Bujon, Thomas Robine
Mixage : Cédric Chatelus
Archives Ina : Véronique Jolivet
Bibliographie :
- La catastrophe invisible. Histoire sociale de l’héroïne (France, années 1950-2000), Michel Kokoreff, Anne Coppel et Michel Peraldi, (dir.). Editions Amsterdam, 2018
Filmographie :
- Ces jeunes qui tombent – Documentaire réalisé par Cécile Favier, écrit par Azzedine Zoghbi et Cécile Favier.
